Collectif Autisme
Collectif Autisme

La scolarisation : apprendre à vivre et grandir parmi les autres

 

- Reconnaissance juridique du droit à la scolarisation pour les personnes handicapées

La Loi Handicap du 11 février 2005  pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées reconnaît à tout enfant porteur de handicap le droit d’être inscrit dans l’école la plus proche de son domicile, qui constituera son « établissement de référence ».

Cette loi va plus loin que l’affirmation du Droit à la scolarisation. Elle garantit la « mise en place des moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés. »

Ainsi, il appartient à l’Education Nationale de mettre en œuvre ces moyens.

Une Circulaire Interministérielle du 8 mars 2005 confirme la priorité à donner à cette orientation en soulignant les bienfaits d’une scolarisation dès l’école maternelle pour les enfants présentant des Troubles Envahissants du Développement (dont l’autisme).

Enfin le code de l’Education – article D351-10 affirme : « l’enfant est de droit dans l’école ordinaire ».
 

Scolarisation des enfants handicapés :
le Conseil d’Etat impose à l’Etat  une obligation de résultat
Le Conseil d’État juge que les difficultés particulières que rencontrent les enfants handicapés ne les privent pas du droit à l’éducation, qui est garanti à chacun, quelles que soient les différences de situation, et ne font pas obstacle au respect de l’obligation scolaire, qui s’applique à tous.  L'Etat a en la matière une obligation de résultat, et sa  carence  à cet égard  peut constituer une faute dont les conséquences peuvent être réparées financièrement.
Conseil d’État, 8 avril 2009, X., n° 311434

 

- Retard français : le gouffre entre l’intention législative et la réalité sur le terrain

Hélas, la reconnaissance symbolique du droit à la scolarisation tient encore lieu de substitut à un accès réel à ce droit.

Actuellement, on estime à 20 % le nombre de jeunes autistes bénéficiant d’une scolarisation en milieu ordinaire et souvent dans des conditions aléatoires : temps de scolarisation extrêmement partiel, absence de formation de l’auxiliaire de vie scolaire, accompagnement précaire...

Certains enfants autistes sont accueillis en IME ou en hôpital de jour dont la prise en charge est rarement adaptée. Il existe quelques IME spécialisés dans l'accompagnement éducatif des enfants autistes, surtout à partir de 6 ans et trop rarement à partir de 3 ans ; malheureusement l'Education Nationale ne leur attribue pas toujours un enseignement spécialisé.


La scolarisation : un droit fondamental garanti par la Constitution
et la Convention Européenne des Droits de l’homme
Le juge des référés du Conseil d'Etat vient de rappeler que l'égal accès à l'instruction était un droit garanti tant par la constitution que par la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, il a jugé que "la privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée (...) est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale"
Conseil d’Etat, juges des référés, N°: 344729. 15 décembre 2010,

 

- Quels sont les freins à la scolarisation ?

> De nombreux a prioris et d’idées reçues sur l’autisme, handicap mental souvent perçu comme mystérieux et obscur suscitant appréhensions et rejet. Les personnes atteintes d’autisme ont longtemps été considérées à tort comme inéducables, impossible à socialiser et incapables d’apprentissage. De ce fait, leur droit à l’instruction, à l’éducation et à la scolarisation était totalement négligé et non reconnu.

> Un problème culturel et social majeur persistant en France manifesté par une discrimination assumée et le refus revendiqué par certains parents d’élève et/ou chefs d’établissement de respecter la Loi Handicap de 2005 et d’accueillir au sein de l’école des enfants autistes qui y ont été inscrits « de Droit ». Ce refus a même pu se traduire par des pétitions.

> Un affrontement idéologique persistant sur les causes de l’autisme encore majoritairement interprété comme une «  psychose » (mauvaise relation parents/enfant) alors que l’origine de ce handicap est neurobiologique (altération du développement cérébral). En conséquence, la généralisation du recours à des « thérapies » psycho-dynamiques aléatoires, inefficaces qui nuit au développement de l’enfant et lui retire toutes ses chances de pouvoir réintégrer un environnement ordinaire.

> La prévalence persistante du sanitaire (hôpitaux psychiatrique) sur l’éducatif ; l’orientation quasi systématique des jeunes enfants vers des hôpitaux de jour était, il y a 10 ans encore, la règle et était privilégiée à toute autre forme de prise en charge. Là encore, au sein de ces établissements, l’approche psychanalytique prédomine toujours.

> Des méthodes éducatives et comportementales peu reconnues malgré leur pertinence et leur efficacité.
Conçues aux Etats-Unis à partir des années 60-70, ces méthodes adaptées aux problématiques des personnes autistes démontrent depuis 40 ans leur efficacité en terme de socialisation, communication, accès aux apprentissages, autonomie... Pourtant, peu d’autistes en bénéficient en France ; et si elles sont mises en œuvre, c’est souvent grâce à l’obstination sans relâche des parents, via les réseaux associatifs essentiellement.
    
> Un manque de formation des Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS). Sans formation spécifique à l’autisme et aux méthodes éducatives et comportementales, les AVS (recrutés par l’Education Nationale) chargés d’accompagner chaque enfant autiste au sein de la classe n’ont pas les moyens d’action suffisants pour optimiser sa scolarisation. Sans savoir-faire spécialisé, la scolarisation est vouée à l’échec. L’autisme est un handicap mental complexe. Pour aider vraiment un enfant à progresser et à s’intégrer, tout intervenant ou accompagnant doit savoir mettre en pratique des traitements éducatifs sur mesure.

> Un déficit d’information dans les établissements scolaires et le manque d’aide et de moyens humains accordée au corps enseignant
(trop peu de professionnels de l’autisme à leurs côtés). Peu de professionnels de l’éducation connaissent l’autisme.
 

- La scolarisation en milieu ordinaire : une priorité chaque fois que c’est possible

Le milieu ordinaire, l'école en particulier, est indispensable à l’enfant autiste dont le contact avec les autres est difficile. L’école le place dans des situations de vie concrètes, lui permet d'acquérir une culture et des comportements aussi proches de la « normale » que possible.
Il est entouré d’enfants n’ayant pas ses difficultés qui entrent naturellement en contact avec lui, le sollicitent et ainsi le stimulent constamment.

Un enfant autiste, immergé dans une classe ordinaire, et bien encadré, évolue et progresse réellement et durablement tant sur le plan des apprentissages que sur le plan des relations avec les autres.
 

- Les bienfaits de la scolarisation d’un enfant autiste

> Le besoin de l’enfant autiste : la scolarisation en milieu ordinaire

L’autisme se caractérise notamment par un développement déficient de l’interaction sociale et de la communication. Placé dans une institution spécialisée, l’enfant autiste ne retrouve que des modèles semblables à lui dont il ne pourra rien apprendre. Inversement, sa scolarisation en milieu ordinaire lui est très bénéfique : un enfant autiste, immergé dans une classe ordinaire, et bien encadré, évolue et progresse réellement et durablement tant sur le plan des apprentissages que sur le plan des relations avec les autres.

> Socialiser et stimuler l’enfant autiste

D’une part, l’enfant autiste intégré au sein d’une classe côtoie principalement des enfants n’ayant pas de handicap, et qui représentent les meilleurs modèles à suivre pour progresser. D’autre part, les autres enfants ayant des interactions sociales normales entrent naturellement en contact avec l’enfant autiste, ils le sollicitent et ainsi le stimulent constamment.

> L’apprentissage du « savoir-vivre » et du « savoir-être »

L’école place l’enfant autiste dans des situations de vie aussi concrètes que possible, lui permettant d'acquérir une culture et des comportements aussi proches de la normale que possible. A l’école, l’apprentissage des « codes sociaux », des règles de vie en collectivité est une nécessité constante représentant autant de repères qui aident l’enfant autiste à se structurer et à se familiariser à son environnement.

> 1ère étape d’une intégration sociale à part entière

La scolarisation évite ainsi l'exclusion précoce et le sur-handicap tout en préparant l'enfant à une vie sociale et professionnelle à l'âge adulte. Pour être efficace, l’intégration en milieu ordinaire doit être la plus précoce possible. En effet, la plasticité cérébrale, relationnelle, cognitive, et comportementale est d’autant plus importante que l’enfant est jeune.

> Un enjeu civique et citoyen

Côtoyer au quotidien un enfant « différent » permet aux autres enfants de :

- mieux comprendre le handicap en général, l’autisme en particulier ;

- vivre une expérience très positive de la différence, mettant en pratique des valeurs essentielles, telles que l’entraide, la solidarité…

Ainsi, la scolarisation des enfants autistes contribue à former des futurs citoyens, responsables et ouverts.

> Un impératif social : libérer des places dans les institutions

Un recours plus systématique à la scolarisation en milieu ordinaire permettrait à des enfants et des adultes qui ne sont pas à leur place dans le milieu hospitalier et institutionnel de sortir de ces structures, ce qui libérerait des places pour les personnes autistes plus profondes qui en ont vraiment besoin.

> Un atout économique : une option bien moins couteuse pour le budget public

Scolariser un enfant autiste bénéficiant d’un accompagnement adapté est bien moins couteux pour la collectivité qu’une place dans un hôpital. Cette option prépare en plus l’enfant à d’avantage d’autonomie voire à une future vie sociale et professionnelle.

> La scolarisation doit toutefois s’envisager comme élément d’un tout

L’accompagnement éducatif de la personne autiste doit être envisagé de manière transversale, à l’école mais aussi à la maison, dans les loisirs etc. L’intégration scolaire, par opposition à une présence « passive » à l’école, signifie que les enfants autistes prennent part aux activités proposées, qu’ils suivent le rythme scolaire, qu’ils entrent en contact avec leurs camarades. Or, cela n’est possible qu’à deux conditions :

- si les troubles du comportement qui caractérisent l’autisme sont correctement identifiés et progressivement surmontés par un travail spécifique et quotidien ;

- si l’enfant autiste est accompagné par des personnes compétentes. D’où la possibilité d’un projet éducatif transversal qui englobe toutes les dimensions à la fois de l’enfant et de la vie quotidienne.

 

- Donner à l’enseignant les moyens de scolariser l’enfant autiste : la nécessité d’un accompagnement individuel spécialisé

Un enseignant ne peut assumer seul la scolarisation d’un enfant autiste ; celle-ci ne saurait se faire au détriment des autres élèves. Il est indispensable de mettre à sa disposition des moyens humains et éventuellement du matériel spécialisé pour optimiser cette scolarisation.   
 
Depuis une dizaine d’années, certaines associations de parents, en partenariat avec les Académies (signatures de Conventions), assurent la formation continue de personnes spécialisées dans l’accompagnement scolaire d’enfants autistes.

Leurs missions visent à :

- mettre l’enfant en confiance avec son environnement en lui donnant des repères temporels et spatiaux stables
- favoriser son autonomie et sa participation aux activités organisées par l’enseignant
- développer ses comportements sociaux en l’encourageant à interagir avec ses camarades
- lui apprendre les règles de vie en collectivité et les codes sociaux pour lui permettre de trouver sa place au sein du groupe
- le guider et l’aider à exprimer ce qu’il pense et ressent
- valoriser ses compétences et ses progrès  
- faire face à des situations inattendues ou difficiles générées par un trop grand stress de l’enfant ; apporter des réponses concrètes et efficaces en cas d’agitation, de troubles du comportement, de cris…de manière à ce que l’enfant se sente rassuré et perturbe le moins possible la classe.

Forts de leur expertise, ces accompagnateurs optimisent les capacités d’autonomie, de communication, d’expression, de socialisation et d’apprentissage de chaque enfant autiste.

 

- Formation et encadrement des AVSi : la condition indispensable pour une scolarisation réussie

Outre ces accompagnateurs spécialisés, il existe les AVSi (Auxiliaire de Vie Scolaire individuel), recrutés par l’Education Nationale. Hélas, à l’heure actuelle, les AVSi ne reçoivent pas de formation spécifique pour intervenir auprès des enfants autistes et cela limite considérablement leur champ d’action.

Compte tenu de la complexité de l’autisme, de la diversité des symptômes, de l’étendue des degrés de sévérité, du style cognitif très spécifique lié à ce handicap, les AVSi ayant en charge des enfants autistes devraient bénéficier d’une formation approfondie sur l’autisme.

La formation devrait également permettre d’appliquer les traitements éducatifs (TEACCH, ABA entre autres) avec un ciblage « sur mesure » lié au profil spécifique de chaque enfant autiste. Le but est d’aider l’enfant autiste à réellement progresser, en le stimulant tous les domaines de développement (langage, moteur, cognitif, social, etc.) afin d’obtenir un épanouissement le plus harmonieux possible.

Comme le souligne le CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) : « Priver l'accompagnant d'une formation adaptée à ce handicap constitue un déni de justice et d'efficacité, et, en définitive, un manque de respect pour toutes les personnes directement concernées : l'encadrant, l'enseignant, l'enfant, les autres enfants, les parents de l’enfant autiste et les autres parents ».

 

- Le modèle d’accompagnement idéal

Pour être optimal l’accompagnement d’un enfant autiste devrait être :  

> Intensif : l’accompagnant est toujours présent auprès de l’enfant lorsqu’il est à l’école. Lorsque la scolarisation n’est pas encore possible à temps plein ou lorsque cela est nécessaire, il intervient également au domicile pour l’apprentissage des gestes les plus élémentaires de la vie quotidienne (se tenir à table, tenir son crayon, traverser la rue, etc.).
L’accompagnement est à temps plein, c’est-à-dire 35 heures par semaine.

> Individualisé : le nombre d’intervenant par enfant est d’une personne.   

> Exhaustif : l’accompagnement doit porter sur tous les domaines du développement (langage, moteur, cognitif, social, etc.) afin d’obtenir un épanouissement le plus harmonieux possible.

> Personnalisé : les symptômes autistiques sont divers selon l’intensité du trouble, l’âge de la personne et l’environnement. Le suivi mis en place doit de ce fait être du « sur-mesure » car ce qui peut aider un enfant n’est pas forcément efficace pour un autre.
Concrètement et quelle que soit la méthode éducative retenue, le suivi commence toujours par une évaluation poussée des compétences de l’enfant dans des domaines très variés afin de définir un projet éducatif personnalisé (ou curriculum).
Par la suite, les interventions doivent être soumises à des évaluations fréquentes. L'observation directe et la mesure des performances individuelles sont utilisées pour déterminer les progrès qui apparaissent et ajuster les programmes d'apprentissage.

> Professionnalisé : les modalités d’une intervention efficace auprès des autistes sont très pointues. Elles nécessitent une formation spécifique et des connaissances avancées qui sont le propre des spécialistes. Concrètement, les accompagnants doivent être dirigés et supervisés par des professionnels ayant un haut niveau de formation et une longue expérience.



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